Une nouvelle étude se penche sur la volonté des élèves de payer leurs études postsecondaires et d’emprunter à cette fin

28 septembre 2010
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Un nouveau rapport de recherche publié aujourd’hui par la Société de recherche sociale appliquée (SRSA) et le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) aborde le rôle joué par les obstacles financiers dans la sous-représentation de certains groupes au niveau postsecondaire.  Il révèle que des impressions négatives quant aux coûts des études postsecondaires (ÉPS) et aux prêts aux étudiants pourraient dissuader certains élèves d’effectuer des études postsecondaires. 

Bien que les taux d’accès aux ÉPS au Canada figurent parmi les plus élevés au monde, sa population vieillissante menace son aptitude à répondre à la demande future en travailleurs qualifiés, à moins que ces taux ne continuent de grimper. On s’entend de plus en plus pour dire que la plus grande possibilité de croissance à cet égard se situe au sein des groupes actuellement sous-représentés au niveau postsecondaire, comme les étudiants issus de familles à faible revenu ou de familles ne possédant aucun antécédent au niveau postsecondaire et les étudiants autochtones. Sur le plan de la justice sociale, il s’avère aussi logique d’accroître la participation parmi ces groupes, puisque chaque Canadien devrait avoir des chances égales d’effectuer des études supérieures.  Toutefois, cet objectif pourrait être difficile à atteindre en raison des frais de scolarité, des frais de subsistance et des niveaux d’endettement actuellement en hausse. 

Le rapport, préparé par Boris Palameta et Jean-Pierre Voyer, chercheurs de la SRSA, se fonde sur une méthodologie expérimentale élaborée et mise en œuvre par le CIRANO (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations) et la SRSA, dans le but d’analyser deux types d’obstacles financiers, soit une sensibilité plus élevée aux prix et une aversion pour les prêts plus répandue. Dans le cadre de cette méthodologie, des élèves devaient prendre une série de décisions financières, certaines supposant des choix à grands enjeux entre diverses combinaisons de bourses et de prêts destinés aux ÉPS à temps plein, et des montants d’argent moindres, mais quand même considérables. Plus de  1 200 élèves fréquentant 12 différentes écoles dans quatre provinces (Québec, Ontario, Manitoba et Saskatchewan) ont pris part à l’étude. Ils étaient tous en dernière année du secondaire ou en première année du CÉGEP (collège d'enseignement général et professionnel). 

La sensibilité au prix a été examinée en variant les sommes d’argent comptant auxquels les participants devaient renoncer (jusqu’à 300 $) afin d’obtenir des bourses de divers montants (jusqu’à 4 000 $). On partait du principe que le choix d’une bourse représentait un indicateur de la demande en matière d’ÉPS, tandis que le choix d’une somme d’argent indiquait une demande inexistante. Les résultats de l’expérience ont signalé une plus grande sensibilité aux augmentations de prix chez les élèves issus de familles à faible revenu, ceux dont les parents étaient moins éduqués, les élèves autochtones et les garçons.

Certaines de ces différences entre les groupes peuvent s’expliquer par la présence accrue de certaines caractéristiques chez les groupes les plus sensibles au prix. Par exemple, la plus grande sensibilité aux hausses de prix démontrée par les élèves dont les parents sont moins éduqués était, dans l’ensemble, attribuable à leurs notes plus faibles, qui, en revanche, auraient pu les rendre plus susceptibles de s’interroger sur leur propre motivation et leur aptitude à réussir leurs ÉPS. Par contre, les notes avaient très peu d’importance dans la plus grande sensibilité aux augmentations de prix des élèves issus de familles à plus faible revenu. Plutôt, les différences à cet égard peuvent dépendre de l’impression de coûts plus élevés des ÉPS et de questions identitaires. Pour d’autres groupes, tels que les élèves autochtones, les garçons et les élèves ayant une déficience physique, des manques considérables dans la demande en matière de bourses persistent, même une fois pris en compte des caractéristiques telles que les notes, les impressions des coûts et des avantages des ÉPS, du revenu et du niveau de scolarité des parents, ainsi que bien d’autres facteurs explicatifs possibles. Les auteurs supposent que, fondamentalement, le système d’éducation ne répond pas aux besoins de ces groupes. 

Le rapport présente aussi des éléments probants expérimentaux relatifs à l’aversion pour les prêts, phénomène surtout étudié par le passé au niveau empirique. Les participants démontrant une aversion pour les prêts ont été définis comme étant réceptifs aux ÉPS, tel que démontré par leur choix d’une bourse plutôt qu’un prêt, mais dont la demande en matière d’ÉPS diminue en fonction d’une offre d’un financement supplémentaire sous forme de prêt. Les résultats révèlent qu’entre 10 et 30 % des élèves prenant part à l’expérience ont fait preuve d’une certaine aversion pour les prêts. Bien que les groupes sous-représentés semblent un peu plus portés sur l’aversion pour les prêts, ce comportement dépendait davantage de faibles notions de calcul, d’une tendance à faire abstraction des avantages futurs, et de doutes au sujet du rendement des ÉPS. La plus importante prévalence de l’aversion, dans l’ensemble, laisse croire qu’un certain nombre de participants, particulièrement ceux qui ont accès à très peu de sources de financement autres que les prêts aux étudiants, peuvent juger les ÉPS trop chères et décider de ne pas s’inscrire.

Le rapport propose aux fins de considération diverses mesures sur le plan des politiques. Afin de contrer la sensibilité au prix, des bourses ciblées de plus haut niveau pourraient inciter davantage d’élèves issus de familles à plus faible revenu et ceux dont les parents soins moins éduqués à entreprendre des ÉPS. En outre, des écarts dans la demande en matière d’ÉPS parmi ces groupes pourraient être réduits davantage en élaborant des initiatives qui visent les impressions du rendement des ÉPS et s’attaquent aux problèmes identitaires.

En ce qui a trait à l’aversion pour les prêts, une initiative évidente en matière de politiques consiste à favoriser un plus vaste éventail de possibilités de financement des ÉPS pour les élèves, par exemple, l’enseignement combiné avec l’emploi qui leur permet de toucher un revenu tout en accumulant des crédits. Des initiatives d’information et de commercialisation pourraient aussi dissiper les impressions erronées de certains élèves relativement aux prêts aux étudiants. On pourrait aussi envisager de dissocier les bourses du système de demande d’aide financière basé sur les besoins, dans le cadre duquel un élève peut uniquement obtenir une bourse après avoir présenté une demande et être admissible à un prêt.

L’étude a été financée par la Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire et par le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur.


Renseignements

Boris Palameta, associé principal de recherche de la SRSA
613-237-2945 / bpalameta@srdc.org

Jean-Pierre Voyer, président de la SRSA
613-237-3169 / jpvoyer@srdc.org